J'ai envie d'écrire un livre. Depuis toute petite, j'ai cette envie de laisser une trace derrière moi, de faire en sorte qu'une part de moi puisse passer à la postérité, de créer une oeuvre artistique qui me rendrait fière... Et puis aussi, j'aimerais bien me faire plein de pognon avec un best-seller, comme J.K. Rowling, pour pouvoir arrêter de bosser et me dorer les miches tout le reste de la vie au bord d'une piscine à L.A, à siroter des Margaritas. Pour l'amour de l'art.
J'ai la motivation. J'ai un peu de temps. J'ai l'ordinateur avec le traitement de texte et le correcteur d'orthographe. J'aime même des proches qui pourraient assurer une relecture critique. Seulement voilà : j'ai pas d'idées...
Et ça c'est moche. Un roman, c'est pas la peine, il faut une histoire et j'ai la tête aussi vide que l'assemblée nationale un jour où y a pas de retransmission télévisée. Parfois, je commence à me creuser la tête, des personnages prennent forme, des intrigues naissent dans les méandres de mon esprit, et bing, je pense avoir trouvé : et si je racontais les histoire d'un binoclard qui découvre à l'aube de l'adolescence qu'il a des pouvoirs de sorcier ? Damned ! On m'a précédée sur ce coup-là. L'histoire d'un prof d'université qui découvre des secrets gardés depuis des millénaires sur la vie du Christ ? Déjà écrit. Une ado qui vit une histoire d'amour impossible avec un vampire ? Archi-connu.
J'ai pensé à l'autobiographie ou le témoignage. C'est bien ça, l'autobiographie. Même Loana a fait la sienne alors pourquoi pas moi ? Sauf que, n'étant pas célèbre, il faut forcément que quelque chose dans ma vie justifie qu'on ait envie d'en savoir plus sur moi. C'est là que le bât blesse. Je n'ai pas été battue par mes parents, mon frère ne se drogue pas, mon père n'est pas un terroriste international, je n'ai jamais été en prision ni retenue en otage par les FARC pendant des années. Même que si je partais en Colombie, je pourrais courrir dans la jungle pendant des semaines en hurlant que personne ne me kidnapperait. Et merde.
Je pourrais aussi faire un travail de recherche sur un sujet précis, le genre de super-thèse vachement argumentée avec une bibliographie longue comme le bras, réalisée grâce à une étude approfondie d'un sujet. Je m'imagine bien, le nez dans un vieux livre - un manuscrit, ce serait encore plus cool - les lunettes sur le nez - je n'en porte pas mais ça aurait plus de gueule - des mugs de café posés sur mon bureau - mais loin du manuscrit sinon c'est la cata - à prendre des notes pendant des nuits entières pour finalement pondre un travail d'une qualité remarquable qui serait salué par la communauté scientifique internationale. Oui, je m'imagine bien. Ensuite, quant à mettre tout ça en oeuvre...
Reste l'
essai. L'essai, c'est pas mal, parce que c'est une catégorie d'écrit qui porte dans son appellation-même l'excuse de son imperfection. «
Mais votre bouquin est nul !» - «
Oui, enfin bon, c'était un essai...»
Roman, étude ou essai, il faut de toute façon un thème, une idée de départ, dans tous les cas. Je sèche. Tout a été fait, tout a été écrit. J'arrive trop tard.
Pourquoi pas la poésie me direz-vous ?
La poésie, j'ai essayé, mais de toute évidence, ça n'a pas ramené la foule d'internautes espérée sur mon blog, et ce en dépit de la grande qualité de mon oeuvre. Je n'ai pas, par mes vers, réussi à détrôner
le blog sur le point de croix, qui garde la tête du classement des blogs les plus lus d'over-blog depuis mars 1943 (parfaitement). Je suis une artiste incomprise. Il n'y a pas d'autre explication. Voilà, c'est ça le problème. Je suis de ce genre de personne dont on reconnaîtra la valeur après la mort. Mes ayant-droit se feront un max de blé et une rue de Lille portera mon nom.
Adieu, piscine, margaritas et best-seller...